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Toute la journée, à Conakry, un cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes a tenté de gagner le district de Kaloum, siège du pouvoir, au bout de la péninsule qui forme la capitale. Il lui fallait pour cela faire sauter plusieurs verrous le long de l'étroite bande de terre. C'est alors que la plupart des victimes ont trouvé la mort. Ainsi, au rond-point d'Hamdallay, les forces de l'ordre, après avoir abattu plusieurs manifestants, ont cédé à la marée humaine.
Seul le dernier verrou, au pont du 8-Novembre, a tenu bon, grâce à l'appui de l'artillerie lourde et des Rangers, un corps d'élite entraîné par des officiers chinois. L'endroit est surtout connu pour avoir été la scène des exécutions à l'époque du régime du dictateur Sékou Touré (1958-1984), d'où son autre nom : "le pont des pendus". Dans la soirée, on apprenait qu'au moins 17 leaders syndicaux, dont Ibrahima Fofana et Rabiatou Sira Diallo, ont été arrêtés par des membres des Bérets rouges, la garde prétorienne du régime conduite par Ousmane Conté, fils du président. Ils ont été libérés en fin de soirée.
COUP D'ETAT
Pour beaucoup d'observateurs, ces épisodes sanglants annoncent la fin du président Conté, à qui le diabète et la leucémie ne laissent que de rares moments de lucidité. Cette violence pourrait précipiter un coup d'Etat militaire, l'armée étant la seule force organisée du pays. Elle souffre de divisions ethniques (entre soussou et malinké surtout) et de jalousies entre troupes régulières et corps d'élite, voire de rivalités - trois généraux prétendent à la succession, auxquels s'ajoute Ousmane Conté -, mais chaque catégorie sait ce qu'elle a à perdre d'un changement.
Leurs privilèges s'étendent du sac de riz, qu'ils ne paient qu'une fraction du prix public, aux prébendes de plusieurs millions de dollars prélevées aux frontières, en particulier sur les armes vendues au Liberia, à la Sierra-Leone et à la Côte d'Ivoire.